Ils en parlent

 

 

Vouloir communiquer en direction du grand public au sujet d’un handicap « réputé invisible » est une vraie gageure.

Bravo à ceux qui ont eu l’idée, la volonté et les compétences.

Je souhaite que cette campagne d’affichage ait une pleine réussite.

René BAPTISTE
Président de l’Association GRIM
Auteur de « Reconnaître le handicap psychique »


J'ai pris connaissance des affiches de la campagne ayant pour objet la banalisation du handicap psychique avec comme slogan "et alors" ; La diversité des situations prises en photo couvrent un champ assez large puisque outre les milieux potentiellement clivants et discriminatoires (le travail), la campagne aborde la vie sociale dans son ensemble (sport, commerces etc...).

Le slogan en rouge sur les photos noir et blanc ressort très nettement et ne manque pas d'interpeller fortement.

Pour moi cela oblige ceux qui regardent ces affiches du moins à se positionner sinon à se poser plusieurs questions : quelle serait ma réaction en face d'une personne présentant ce handicap en supposant qu'il soit mis en avant et aussi peut être une question plus personnelle du genre et si c'était moi tant il est vrai que personne ne peut savoir s'il sera touché ou non par les troubles psychiques

Hervé MAZOYER


Interview de Monsieur VILLEVAL, Directeur de l’Association Firmament et pilote du programme «Et Alors !…» par Madame CHANEL, ancienne utilisatrice de services médico-sociaux et militante

 

  • Comment avez-vous eu l’idée de réaliser cette campagne de sensibilisation ?

  • C’est en lisant les appels à projet de la fondation de France sur «Maladie psychique et vie sociale». J’ai pensé à une conversation que nous venions d’avoir avec des collègues, directeurs d’autres associations, sur le faible impact de la SISM (semaine d’information sur la santé mentale). Chaque année les associations font des efforts considérables de communication qui n’attirent finalement que les personnes déjà sensibilisées au handicap d’origine psychique. Nous tournons en rond. J’ai pensé alors que pour toucher le grand public il fallait voir plus grand qu’une journée porte ouverte ou une table ronde.

     

  • Mais comment en êtes-vous venu à mettre en scène des situations de vie ?

  • Simplement parce que Les Couleurs de l’Accompagnement est constitué d’associations qui accompagnent les personnes sur les champs du travail, du social, du loisir et du logement donc nous avons mis en scène ces lieux de vie. Notre objectif étant de déstigmatiser, nous avons voulu montrer des situations banales de vie en société et finalement, de cohabitation naturelle.

     

  • Il manque le logement pourtant alors que c’est une problématique très préoccupante. Tous ceux qui ont ou ont eu à faire avec la maladie savent à quel point il est difficile de décrocher un appartement quand on a derrière soi, par exemple, plusieurs années d’hospitalisation.

  • Oui, c’est vrai, le choix a été compliqué, les moyens et le temps nous ont manqué. Mais on n’a pas dit notre dernier mot !

     

  • Quelle est alors la suite de cette campagne d’affichage ?

  • Tout d’abord nous devons alimenter le site Internet pour que tous ceux qui sont interpellés par les affiches trouvent sur le site des réponses à leurs questions. Une forme de vulgarisation de ce que c’est que la maladie psychique qu’on appelle aussi maladie mentale, qu’on mélange avec le handicap intellectuel, qu’on diabolise parfois. Nous allons aussi produire et diffuser un journal d’information que chacun pourra charger à partir du site. Mais j’aimerais vous poser une question à mon tour : nous avons longuement hésité sur le titre de notre campagne d’affichage, par peur de choquer les personnes qui connaissent ou ont connu une forme de maladie ou de handicap psychique. Est-ce que cela vous gêne, vous, de voir en grand, dans la rue, que l’on qualifie une personne d’handicapée psychique. Les tendances actuelles étant de parler de «personnes en situation de handicap psychique» ?

  • Non, cela ne me choque pas du tout, bien au contraire, vous avez bien fait. C’est un slogan qui accroche et qui j’espère va interpeller. Je préfère cela plutôt que quelque chose de mou qui, comme d’habitude ne peut produire que de l’indifférence.
    Merci d’avoir fait appel à moi pour partager à l’avenir ce projet. Je vais vous proposer des articles, demander à mon mari qui est dessinateur s’il veut bien  vous proposer des illustrations.

  • Merci à vous Marie-Paule


     

    On est bien d’accord, et depuis longtemps, les termes «personne en situation de handicap» sont préférables à «personne handicapée». Non pas pour être politi­quement correct, c’est-à-dire pour utiliser une tournure de langage qui ne soit pas ressentie comme étant péjorative, mais pour replacer le handicap dans sa relativité.

     

    En effet, c’est la CIDIH (Classification Internationale des Déficiences, Incapacités et Handi­ caps) qui, dès 1989 affirme que le handicap n’est qu’une perturbation des capacités face à des facteurs environnementaux. Que l’environnement change et la capacité à agir change aussi, tout le monde est donc potentiellement handicapé. Dans cette perspective, il devient impossible de faire référence à un «statut» de personne handicapée et c’est pour quoi tous les rapports, toutes les communications qui traitent du handicap ne parlent plus que de «personnes en situation de han­dicap».

     

    Alors pourquoi le regroupe­ ment des Couleurs de l’Accompagnement a choisi d’utiliser la phrase «Une de ces personnes est handicapée psychique» dans sa campagne de commu­nication ?

     

    Pour deux raisons. D’une part parce que nous souhaitons banaliser le terme en l’illustrant dans une situation de vie quotidienne. Nous espérons ainsi faire comprendre que handicap n’est pas forcément synonyme de différence corporelle et que la personne handicapée ne l’est pas forcément définitivement. D’autre part parce que nous voulions une phrase comte, qui puisse se lire très vite et qui se retienne tout aussi vite.

     

    Entre le risque d’une querelle de langage et celui d’une campagne d’affichage «mollassonne», nous avons tranché pour cette prise de ris­ que et, pour l’instant, c’est plutôt un succès : Lyon mais aussi Villeurbanne, Décines, Vaulx-en-Velin, L’Arbresle, Saint-Fons, Annecy et d’autres à venir, relayent notre slogan dans leur ville.

    Brigitte Sapaly
    Directrice de GRIM